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Interview

La nouvelle économie du contenu : Robert Boulos (Farweb)

Comment décririez-vous ce que fait Farweb.tv aujourd'hui?

 

Ça a démarré il y a 5 ans, à la recherche du Klondike. J'avais toujours voulu faire du digital, mais je ne trouvais pas vraiment la formule : à l'époque, il n'y avait ni output, ni bande passante, ni utilisateurs. La conjonction était parfaite !

 

Farweb c'est vraiment une agence de contenus digitale, peu importe le support, en bout de ligne. En fait, je pense que le support n'existe plus. Tu ne peux plus travailler pour un médium, il faut que tu les travailles tous en même temps.

 

Je trouve d'ailleurs ça étrange de se battre à travers des organismes gouvernementaux avec leurs cases précises, comme Téléfilm ou la SODEC. Je suis un peu anarchiste dans ma façon de voir la vie, donc j'ai bien de la misère avec le modèle prédéterminé des fonds. On peut difficilement avancer en se conformant à des cases. 

 

 

En quoi est-ce que cela diffère d'il y a 10 ans?

 

Ce qui est intéressant, c'est que ce qu'on faisait avec 100$ on le fait maintenant avec 20$. C'est surtout économique : les moyens ont changé, la créativité reste la même. 

 

On était en train de faire la pochette d'un album avec la graphiste hier ; je me rappelais qu'on avait déjà fait une pochette avec du Letraset. J'aime que les outils aient changé même si cette démocratisation a tué une grosse partie de l'industrie. Ça a fait une grosse purge.

 

Les outils font aussi en sorte qu'on puisse collaborer mieux. Et ça, c'est fun. Creative Mornings, c'est un bel exemple de ça : on vient de partout, on ne se connaît pas, mais on se rallie, et comme on le fait pour les bonnes raisons, ça marche. Je viens de cette école-là. Suis ton coeur, ça marche. Et ça, ça n'a pas changé. 

 

 

"J'aime que les outils aient changé

même si cette démocratisation a

tué une grosse partie de l'industrie.

Ça a fait une grosse purge."

 

 

Qu'est-ce qui vous garde réveillé la nuit ? 

 

Je dors vraiment très bien. Peu, mais bien ! Je reste réveillé pas pour des angoisses, mais à cause de trucs stimulants. Du document corpo. à la pub, ça doit rayonner. C'est mon gros fun dans la vie, de prendre des comms et de les amener à une autre étape. 

 

Raymond Chabot, c'est un client récurrent depuis 2 ans. On s'est rencontrés un 22 décembre en catastrophe, on ne se connaissais pas, et depuis on a jamais arrêté de travailler ensemble. Au début, ils nous trouvaient un peu tout croches, déjantés, mais en bout de ligne ça marchait, alors ils nous ont gardé. 

 

Qu'on fasse un long métrage, une série documentaire, ou une série télé pour enfants, y'a un humain au bout, c'est du storytelling. Un budget pour moi, c'est une histoire ; je peux le défendre en racontant pourquoi. 

 

Mon architecture, c'est un noyau auquel j'attache des chargés de projets pigistes, qui bâtissent des équipes. C'est comme une molécule, et quand c'est fini, on coupe le lien ; "nobody's bleeding". Ça marche bien dans un contexte d'affaire et de production. Au début, on avait des employés avec un overhead de 45,000$ par mois. Ça va vite 45K$ par mois ; ton burn-rate est hallucinant. Ça, ça m'empêchait de dormir, ça m'empêchait d'être créatif, constructif. 

 

 

Parlant de l'aspect "business", comment votre modèle d'affaires a-t-il suivi l'évolution des contenus ? 

 

Au départ on était 2 associés, et avant de trouver des investisseurs, on a pris 4 mois, 3 tables, 2 chaises, et on s'est fait un plan d'affaires. Ç'a été un bel exercice, au troisième mois je pleurais presque tous les jours. Ça m'a permis de comprendre qu'un plan d'affaires, tu fais ça pour ne pas le suivre. Ça nous permet de connaître nos limites.

 

On a lancé un projet, Didier Ze Mime. Tout le monde voulait faire de la webtélé, nous on en a fait. On a fait une application, un portail, une communauté, on a vendu de la télé, puis à l'international parce que c'était sans paroles… et en même temps, on a commencé à faire d'autres productions. 

 

"un plan d'affaires, 

tu fais ça pour ne pas le suivre"

 

J'ai travaillé longtemps à Londres, où on montait des enveloppes pour plusieurs longs métrages. C'était difficile à faire, parce que c'était du vrai argent, pas de l'argent public. Je trouve ça dur ici, avec les appels d'offres ; ce n'est pas une industrie ouverte. C'est une business anti-business. Mais ça va changer ; les fonds n'ont plus les moyens de leurs ambitions. Je rêve que ça change, que ça devienne une vraie industrie. 

 

 

Après 5 ans, quel genre de planification stratégique faites-vous? Quel est le processus ?

 

C'est beaucoup dans ma tête, mais de plus en plus avec l'équipe. Tout le big picture, c'est moi, des fois avec un de mes associés silencieux. J'ai pas le temps de formaliser ; j'aimerais ça, mais j'ai juste pas le temps. 

 

La boîte va continuer d'être une drôle de bibitte. Il m'est arrivé quelque chose de très intéressant avant Noël ; on m'a fait une offre pour intégrer Farweb à un holding. Ils avaient bâti un truc de contenus pour hommes, et revendu pour plusieurs millions. Ils veulent le refaire, évidemment. Ils voudraient bâtir leur offre, la spinner, la vendre. Mais moi, Farweb, j'ai jamais voulu la bâtir pour la vendre. On est hands-on sur tout. Mais ça pose la question. Est-ce que ça tue la shop, de la vendre ?

 

 

Quelle serait selon vous, une tendance lourde à surveiller ; une mode passagère qui ne survivra pas ? 

 

L'usager qui s'est approprié les plateformes de diffusion. C'est ça. 

 

Le fait qu'on puisse regarder tout, sur tout, n'importe quand. C'est pour ça que les modèles classiques de télé ça ne marchent pas. Quand Canal+ va débarquer ici avec une offre à 6.99$ par mois, ça va faire mal. Des trucs comme Vidéotron, des MaTV, ça ne marche pas. Le modèle n'est pas bon, la réalité n'est pas bonne. Ils réussissent à avoir des licences, des fonds, le CRTC, avec des trucs dans des cases…

 

Une mode ; la dématérialisation? Je suis le premier à avoir du wifi partout, mais j'ai aussi besoin de mettre des trucs sur un mur. Il va se créer un équilibre. Le magazine change, et pas parce qu'il devient électronique. Tu regardes des magazines comme Monocle… y'a du contenu là-dedans! À mort! Et c'est brillant. Et quand tu le regardes sur Internet, c'est poche. En fait, j'imprime encore mes scénarios. Dans le fond, le monde évolue, mais il ne change pas tant que ça. 

 


Robert Boulos est président et associé chez Farweb.tv. Illustration : RIBG. Photos : Francis Gosselin.

 

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